Settembre, andiamo. È tempo di migrare.

Settembre, andiamo. È tempo di migrare.

Ora in terra d’Abruzzi i miei pastori

lascian gli stazzi e vanno verso il mare:

scendono all’Adriatico selvaggio

che verde è come i pascoli dei monti.

Ainsi commence le poème I pastori de Gabriele D’Annunzio.

« À apprendre par cœur pour la semaine prochaine » : voilà le devoir que nous avait donné la maîtresse Valeria, un jour de CM2.

Si aujourd’hui je vous écris et je vous ennuie ici, prenez-vous-en à elle !

Et c’est ainsi qu’un jour de septembre, moi aussi j’ai migré, j’ai quitté mon stazzo.
Ciao terre d’Abruzzes, ciao Adriatique sauvage, bye bye Santa Maria Imbaro. Je me disais…

Un aller simple pour Londres, une seule valise, et dans la poche trois phrases d’anglais bredouillées en guise de carte de visite.
Voyager en 2010, c’était simple ! On achète un billet d’avion, un Pescara–Stansted, et en moins de deux heures on est catapulté dans la campagne d’un Londres qu’on ne voit jamais.

Les bergers de D’Annunzio, eux, marchaient à pied, avec des centaines, des milliers de brebis, en descendant l’antique tratturo.
Une sorte de route. Mais pas une route comme les autres : large de jusqu’à soixante mètres, en terre battue, jalonnée de bornes de pierre, pensée pour faire passer des milliers de brebis avec bergers, chiens et mulets chargés de bagages.
Le nom vient du latin tractus, « tracé », la même racine que trarre (tirer).
Le plus important s’appelait le Tratturo Magno : de L’Aquila à Foggia, aller-retour ! Et il passait justement par Santa Maria Imbaro, mon village !

Ce voyage, deux fois par an, avait un nom. On l’appelait la transumanza. Du latin trans et humus : traverser la terre.
Un mot que les Français connaissent aussi bien que nous. Dans les Cévennes, les troupeaux ne vont pas loin, ils vont en altitude : ils montent en juin, redescendent en octobre.
Depuis 2023, l’UNESCO les a placées côte à côte, patrimoine de l’humanité.

Si un jour vous passez par Santa Maria Imbaro…
· arrêtez-vous à la boulangerie Franca e Franco ;
· faites quelques pas entre les vignes et les oliviers : on voit la mer et, par temps clair, même les îles Tremiti ;
· frappez à la porte d’une des exploitations agricoles du village, entre vignobles et caves ;
· laissez-vous raconter l’huile dans un frantoio (moulin à huile) ;
· entrez dans le sanctuaire, ne serait-ce qu’une minute ;
· et si vous passez fin juillet, ne manquez pas la sagra delle pallotte cacio e ova (la fête des boulettes au fromage et aux œufs).

Pour aller plus loin
UNESCO — Transhumance, the seasonal droving of livestock. La transumanza a été inscrite en 2019 sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité ; l’inscription, multinationale, a été étendue en 2023.
Gabriele D’Annunzio — I pastori sur Wikisource
Treccani — entrée tratturo


Petit lexique (mots laissés en italien) : stazzo (bergerie), tratturo (chemin de transhumance), transumanza (transhumance), frantoio (moulin à huile), sagra delle pallotte cace e ove (fête locale de ce plat traditionnel).

Lire I pastori en entier sur Wikisource : https://it.wikisource.org/wiki/Alcyone/Sogni_di_terre_lontane

Vous préférez lire cet article en italien ?
→ Télécharger la version italienne (PDF)

Photo : Église de Santa Maria Imbaro — Santa Maria Imbaro, Abruzzes, Italie (2026).


Commentaires

2 réponses à « Settembre, andiamo. È tempo di migrare. »

  1. Ciao Manuel,

    Une histoire quelque part similaire à la mienne, parti de Sardaigne, terre de transumanza, stazzi, sagre… pour émigrer. Mais notre transumanza n’est pas saisonnière, on est parti pour rester loin de nos terres j’ai l’impression

    A presto!

    Aimé par 1 personne

    1. La Sardaigne et l’Abruzzo, deux terres, deux régions qui perdent leurs jeunes, surtout dans l’arrière-pays. Les villages se vident, mais ceux qui partent emportent leur terre avec eux : dans les mots, dans la cuisine, dans les fêtes dont on parle à ceux qui n’y étaient pas. C’est peut-être notre façon de ne pas partir tout à fait.

      J’aime

Votre commentaire