Il y a un autre verbe que j’aime bien expliquer à mes élèves : giocare. En français, jouer fait tout le travail à lui seul : on joue au foot, on joue dans un film, on joue d’un instrument. En italien, non : il faut trois verbes différents : giocare, recitare, suonare, là où le français se contente d’un seul mot pour tout dire.
Et c’est là qu’il entre en scène : Bud Spencer, de son vrai nom Carlo Pedersoli. Come ci manca.
Mais qu’est-ce qu’un acteur peut bien avoir à faire avec le sport et la musique ? Il n’a fait que jouer la comédie (recitare), me direz-vous. Et pourtant non.
Avant même de recitare, Pedersoli était un nageur de haut niveau : en 1950, à Salsomaggiore, il nagea le 100 mètres nage libre en 59,5 secondes, devenant le premier Italien à passer sous la minute sur cette distance. Il remporta onze titres italiens, deux médailles d’argent aux Jeux méditerranéens de 1951 à Alexandrie, et participa à deux Jeux olympiques, Helsinki 1952 et Melbourne 1956. Puis, avec l’équipe nationale de water-polo, il décrocha aussi l’or aux Jeux méditerranéens de 1955 à Barcelone.
Giocatore, donc, avant d’être acteur. Et la musique ?
Restait le troisième verbe : suonare. Je l’avoue, avant d’écrire cet article, je n’avais qu’un pressentiment. Tout le monde connaît le célèbre coro de …altrimenti ci arrabbiamo! (1974), mais rien de plus. Alors je suis allé fouiller sur YouTube, et j’y ai trouvé un tout petit 45 tours, In Una Nuvola / Ciuf Ciuf Cia : reste, sous son vrai nom, l’unique disque qu’il ait jamais écrit et chanté en solo. Bossa nova, rythme léger : la voix la plus douce qu’on puisse imaginer, venant d’un tel colosse.
Giocatore, donc. Acteur. Et, quand on s’y attend le moins, aussi musicien.
Che dire: che attore, che giocatore, che musicista, che uomo!
Et vous ? Connaissez-vous, en France, une carrière capable de réunir sport, musique et cinéma comme celle-ci ?
Et en italien ?
Vous apprenez l’italien ? Retrouvez l’article dans sa version originale.


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