Les trois degrés de l’amour, à l’italienne
Je l’avoue : c’est un sujet délicat, très subjectif et évocateur, mais il m’arrive souvent de l’expliquer à mes apprenants. Cela arrive parce qu’avec le français, la correspondance semble parfaite, mais elle ne l’est pas tout à fait.
En français, je t’aime est la déclaration d’amour par excellence. Mais aimer couvre aussi beaucoup d’autres choses : on dit j’aime cette pizza sans penser une seconde à une déclaration d’amour.
En italien, je peux faire la même chose : amo questa pizza! Et ce n’est pas faux, tout comme il n’est pas faux de dire amo mia figlia, amo mio marito ou amo il mio amico. La question n’est pas celle de la correction, mais de la spontanéité. Et spontanément, en italien, nous avons tendance à distinguer :
Devant une pizza : mi piace (tanto).
À ma fille, à un ami : ti voglio bene.
À la personne dont je suis amoureux : ti amo.
Les frontières ne sont pas rigides, bien sûr : une mère peut dire ti amo à son enfant. Moi, j’aime les vacances dans les Abruzzes : amo le vacanze in Abruzzo.
Mais pour ceux qui viennent du français, cette distinction vaut la peine d’être connue : traduire automatiquement j’aime par amo risque de donner à la phrase une intensité que, en italien, nous ne voulions peut-être pas.
Et puis, et puis…
Il y a une chanson, l’une de mes préférées. Dans Caruso, Lucio Dalla chante : « Te voglio bene assaje. »
Pourquoi ? À qui est destiné cet amour ? Et est-ce vraiment de l’italien ?
À cette dernière question, je vous donne tout de suite la réponse : la chanson est chantée en italien, mais cette phrase, et celle qui vient juste après, passent au napolitain.
À ce stade, arrêtez de lire et je vous laisse avec la chanson. Allez l’écouter:
l’amerete assaje !


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