Chaque année, depuis que je ne vis plus en Italie, c’est la même chose : je ferme ma valise, je rentre chez moi, en France, et pendant quelques jours j’ai un petit coup de blues. Rien de grave, juste une légère mélancolie que l’on pourrait appeler le syndrome du retour de vacances, ou post-vacation blues.
Il existe même une publicité de Costa Croisières dans laquelle un enfant fond en larmes en repensant au bateau.
Mais il y a une autre publicité de Costa Croisières, plus ancienne, qui m’intéresse encore davantage en tant que professeur d’italien. Le spot se termine par une phrase très simple :
« La vacanza che ti manca. »
Littéralement : « Les vacances qui te manquent. »
Le verbe italien mancare a en réalité deux visages, et le slogan joue précisément avec les deux, sans nous le dire.
Il y a d’abord le mancare de la nostalgie : on a vécu quelque chose, c’est terminé, et maintenant cela nous manque.
Mi manca il mare.
La mer me manque.
Et en ce moment, comme la mer me manque. Comme elle me manque, toujours !
Mais il existe aussi un autre mancare. Celui de quelque chose que l’on n’a pas encore fait, de la case qui reste vide sur la liste.
Parmi toutes les îles de Méditerranée que j’ai visitées, par exemple, mi manca Alicudi*.
Alicudi me « manque », non pas parce que j’en ai la nostalgie, mais tout simplement parce que je n’y suis encore jamais allé.
C’est exactement sur cette ambiguïté que repose le slogan de Costa : « La vacanza che ti manca » désigne à la fois les vacances dont on a la nostalgie et celles qu’il nous reste encore à vivre.
Une manière plutôt élégante de nous dire « prenotala », « réserve-les », sans jamais utiliser directement l’impératif.
Et la bonne nouvelle pour ceux qui apprennent l’italien à partir du français, c’est que manquer fonctionne pratiquement de la même manière.
Tu me manques exprime la nostalgie.
Mais on peut aussi dire :
Mi manca il pecorino per fare la carbonara.
Il me manque du pecorino pour faire la carbonara.
Même verbe, même ambiguïté, même jeu.
Pour une fois, voilà donc une excellente raison de faire confiance à son instinct linguistique.
E a te, cosa manca dell’estate?
Et toi, qu’est-ce qui te manque de l’été ?
Scrivimi, sono curioso di saperlo.
Écris-moi, je suis curieux de savoir.
* Alicudi, une île qui apparaît et devient l’un des décors de Caro diario, le film de Nanni Moretti.


Votre commentaire